Le Coran ne propose pas un traité systématique du mariage, mais ses versets touchant à l’union conjugale constituent l’un des corpus normatifs les plus riches et les plus complexes du droit islamique. Dispersés principalement dans les Sourates An-Nisa (Les Femmes), Al-Baqara (La Vache), Ar-Rûm (Les Byzantins) et An-Nûr (La Lumière), ces versets ont été commentés, débattus et interprétés pendant quatorze siècles par les plus grands savants de l’Islam. En voici neuf parmi les plus fondamentaux, éclairés par les grands tafsirs et complétés par des hadiths prophétiques.

Sourate An-Nisa (4) : les fondements du contrat conjugal

Coran 4:3 — La permission conditionnelle de la polygamie

Ces versets fondent théologiquement le mariage islamique et alimentent les duʿā de la cérémonie du Nikah.

« Et si vous craignez de n’être pas justes envers les orphelins, épousez alors parmi les femmes celles qui vous plaisent : deux, trois ou quatre. Mais si vous craignez de n’être pas équitables, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela vaut mieux pour vous pour éviter d’être injustes. »

Ce verset est peut-être le plus débattu de toute la législation coranique sur le mariage. Ibn Kathir, dans son Tafsir al-Qur’an al-‘Azim, rappelle le contexte de sa révélation : il s’adresse à des hommes en charge d’orphelins, risquant d’être tentés de les marier injustement pour s’approprier leurs biens. L’autorisation de l’union avec plusieurs femmes s’inscrit dans un contexte de protection sociale, non de licence.

At-Tabari, dans son Jami’ al-Bayan, souligne que la condition d’équité est au cœur du verset : la polygamie n’est jamais présentée comme une aspiration ou un idéal, mais comme une permission encadrée par une exigence morale très haute.

Coran 4:4 — Le mahr, droit absolu de l’épouse

« Donnez aux femmes leur dot de plein gré. Et si elles vous en abandonnent de leur plein gré une partie, jouissez-en alors d’une manière agréable. »

Le mahr (dot) est l’une des conditions de validité du Nikah. Ce verset est révolutionnaire dans son contexte historique : dans l’Arabie préislamique, la dot était souvent versée à la famille de la mariée, non à elle-même. Le Coran en fait explicitement un droit de la femme. Ibn Kathir commente que le terme nihla (de plein gré) signifie que la dot est un cadeau sincère, sans arrière-pensée, et que le mari ne saurait la reprendre sauf si l’épouse l’en dispense volontairement.

Coran 4:19 — L’interdiction du traitement injuste

« Ô vous qui croyez ! Il ne vous est pas permis de prendre les femmes en héritage contre leur gré. Ne les contraignez pas pour leur reprendre une partie de ce que vous leur avez donné, à moins qu’elles ne se rendent coupables d’une turpitude avérée. Et traitez-les avec bienveillance. »

Ce verset interdit des pratiques préislamiques qui réduisaient les veuves à un statut d’objet transmissible. L’expression « traitez-les avec bienveillance » (‘ishru hunna bil-ma’ruf) est commentée par At-Tabari comme une obligation de traitement équitable et humain, indépendamment des sentiments personnels de l’époux.

Coran ouvert sur les versets du mariage

Coran 4:34 — L’autorité conjugale et ses limites

Ce verset, souvent traduit de façon unilatérale, mérite une lecture complète et nuancée. Il évoque le qiwama (responsabilité/autorité) de l’homme dans le foyer, associée à son obligation d’entretien. Il autorise, en cas de nushuz (rébellion/transgression grave), une gradation de mesures : remontrance, puis séparation de lit, puis — en dernier recours — une mesure physique dont l’interprétation a fait l’objet de débats intenses parmi les savants. Ibn Kathir et de nombreux exégètes contemporains soulignent que le Prophète lui-même n’a jamais frappé ses épouses, ce qui constitue la norme de conduite à suivre.

Sourate Ar-Rûm (30:21) — Le verset de la quiétude

« Parmi Ses signes, Il a créé de vous-mêmes des épouses pour que vous trouviez la quiétude (sakina) auprès d’elles, et Il a établi entre vous de l’amour (mawadda) et de la miséricorde (rahma). Il y a en cela des signes pour des gens qui réfléchissent. »

Ce verset est l’un des plus récités lors des cérémonies de mariage islamique dans le monde entier. Il décrit le mariage non comme une transaction ou une obligation légale, mais comme un signe de Dieu — une manifestation de Sa bienveillance envers l’être humain. La sakina (quiétude, sérénité), la mawadda (amour, affection) et la rahma (miséricorde, tendresse) sont les trois attributs que Dieu pose au cœur de l’union conjugale.

Ibn Kathir commente que mawadda désigne l’amour ardent entre les époux, tandis que rahma évoque la bienveillance douce qui subsiste lorsque la passion des premières années s’est apaisée. At-Tabari souligne que ce verset fait du mariage une âya — un signe divin — au même titre que la création des cieux et de la terre. C’est une élévation spirituelle extraordinaire de l’institution conjugale.

Sourate Al-Baqara (2) : droits et devoirs réciproques

Coran 2:187 — La métaphore du vêtement mutuel

« Il vous est permis, la nuit des jeûnes, de vous approcher de vos femmes. Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. »

La métaphore du libas (vêtement) est l’une des images les plus belles du Coran pour décrire la relation conjugale. Le vêtement protège, réchauffe, couvre et embellit. Dire que les époux sont des vêtements l’un pour l’autre, c’est dire qu’ils sont mutuellement protection, honneur et intimité partagée. Ibn Kathir note que cette réciprocité est intentionnelle : ni l’homme ni la femme n’est l’unique vêtement de l’autre — la protection est mutuelle, le soutien est réciproque.

Coran 2:228 — L’égalité de dignité

« Les femmes ont des droits équivalents à leurs obligations, d’une manière convenable ; mais les hommes ont une prééminence sur elles. »

Traditions du mariage islamique

Ce verset est souvent cité de façon tronquée. Sa première partie — « les femmes ont des droits équivalents à leurs obligations » — est l’une des affirmations les plus directes d’équité dans le Coran. At-Tabari commente longuement que cette égalité de droits et d’obligations est un principe fondateur du droit conjugal islamique. La « prééminence » (darajah) mentionnée ensuite est interprétée par la plupart des exégètes comme une responsabilité supplémentaire (obligation d’entretien), non comme une supériorité morale ou ontologique.

Coran 2:237 — La générosité dans la séparation

« Et si vous les répudiez avant de les avoir touchées, et que vous leur ayez déjà assigné une dot, donnez-leur alors la moitié de ce que vous leur avez assigné, à moins qu’elles n’y renoncent ou que celui qui tient le nœud du mariage n’y renonce également. »

Ce verset illustre la minutie du Coran dans la protection des droits de la femme, y compris en cas de rupture avant la consommation du mariage. La femme conserve la moitié du mahr convenu. Ibn Kathir commente que « celui qui tient le nœud du mariage » désigne soit le mari, soit le wali, et que le Coran encourage ici à la générosité plutôt qu’à la stricte application de la règle minimale.

Pour approfondir votre compréhension du mariage islamique, consultez nos guides : le guide du mariage musulman, le Mahr islamique et duʿā pour le mariage. Pour trouver un conjoint selon les préceptes islamiques, traditions religieuses du mariage.

Sourate An-Nûr (24:32) — L’encouragement au mariage

« Mariez les célibataires d’entre vous et les gens de bien parmi vos serviteurs et vos servantes. S’ils sont pauvres, Dieu les enrichira de Sa grâce. Dieu est Immense, Omniscient. »

Ce verset est souvent cité comme base coranique de l’obligation morale — pour la communauté — de faciliter le mariage de ceux qui en ont les conditions. At-Tabari souligne que le verset s’adresse à la communauté des croyants collectivement, pas seulement aux individus : la société islamique a la responsabilité de créer les conditions permettant à ses membres de se marier dans la dignité.

Hadiths complémentaires sur le mariage

Les hadiths du Prophète Muhammad (ﷺ) viennent compléter et éclairer ces versets coraniques.

Sur la sunna du mariage : « Le mariage est ma sunna ; celui qui s’en détourne n’est pas des miens. » (Sunan Ibn Majah, authentifié). Ce hadith établit que le mariage n’est pas seulement permis mais activement recommandé, comme caractéristique de la voie prophétique.

Sur le choix du conjoint : « On épouse une femme pour quatre raisons : sa fortune, sa noblesse, sa beauté ou sa religion. Choisis celle qui est religieuse, sinon tu seras parmi les perdants. » (Bukhari et Muslim). Ce hadith hiérarchise les critères du choix conjugal, plaçant la piété au premier rang.

Sur les droits de l’épouse : « Le meilleur d’entre vous est celui qui est le meilleur avec sa famille, et je suis le meilleur d’entre vous avec ma famille. » (Tirmidhi, authentifié). Ce hadith constitue la norme de conduite conjugale par excellence dans la tradition islamique.

Sur la consultation de la mariée : « La vierge ne peut être mariée avant qu’on ne lui demande son consentement. » (Bukhari et Muslim). Ce hadith rend explicite l’exigence du consentement, complémentant le cadre coranique.

L’ensemble de ces textes forme un corpus cohérent : le mariage islamique est un engagement spirituel, contractuel et affectif, régi par des droits et des obligations mutuels, placé sous le signe de la bienveillance divine, et destiné à constituer un espace de sérénité, d’amour et de miséricorde pour les époux et leurs enfants.